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IST : vous êtes aussi concernées !
IST : vous êtes aussi concernées !
Paru dans le N°29

Vous pensez encore que les IST ne touchent que les homos masculins, les personnes ayant des pratiques dites hard, les multipartenaires ou les personnes hétérosexuelles ? En bref, que vous ne risquez rien ! Vous pensez vraiment que votre orientation sexuelle vous rend à l’abri de tout ? Voilà une petite mise à jour des connaissances sur les IST et les moyens de s’en protéger. Car bien vivre sa sexualité c’est aussi savoir prendre soin de soi et de sa santé...

Qu’est-ce qu’une IST ?
Une Infection Sexuellement Transmissible est une infection provoquée par des microbes ou des germes infectieux (virus, champignons, bactéries…). Une IST est, le plus souvent, transmise lors de rapports sexuels non protégés et par le sang. Les IST se transmettent lors de contacts entre un « vecteur », liquide contaminant (sperme, sang, sécrétions vaginales, salive…) et une porte dite « d’entrée » (muqueuse, blessure, irritation, lésion…). Pour certaines IST, un simple contact de peau à peau suffit.

Lors de relations sexuelles avec des femmes
Le risque de transmission sexuelle d’IST entre femmes est faible. Toutefois, il n’est pas nul et augmente en période de règles. En effet, le sang est un liquide très contaminant si vous avez une IST et le vagin est plus propice à contracter des germes lors des règles.

Plus vite les IST sont dépistées, mieux elles se soignent et moins elles ont de conséquences sur la santé. Il est important de consulter si vous repérez un symptôme génital anormal mais n’attendez pas de déceler des symptômes pour vous rendre chez un gynécologue. En effet, certaines IST sont asymptomatiques ou occasionnent des symptômes auxquels on ne porterait pas forcément d’attention (fièvre, courbatures…).

Un suivi gynécologique régulier une fois par an (frottis, test VIH, recherche de chlamydiæ dans les urines…) permet la détection des infections asymptomatiques et une prise en charge rapide et adaptée.Savoir que votre partenaire et/ou vous même êtes contaminées vous permettra d’adopter un comportement préventif adapté. Le traitement de votre/vos partenaires peut également être nécessaire.

Puisqu’on aborde le sujet du suivi gynécologique, évoquons le sujet du cancer du sein. Le cancer du sein est le plus fréquent des cancers féminins, avec un risque accru pour celles qui n’ont pas eu d’enfant. Se faire dépister régulièrement permet de le prendre en charge rapidement, et augmente vos chances de guérison. Il est important d’effectuer un dépistage tous les deux ans dès 40 ans car les risques sont accrus à partir de cet âge. La consommation d’alcool et l’hérédité sont des facteurs de risques. Si une de vos proches (mère ou sœur) a souffert d’un cancer précoce, un dépistage doit se mettre en place avant 40 ans.

Lors de relations sexuelles avec des hommes
Une sexualité n’est pas figée tout au long d’une vie. Vous pouvez vous proclamer comme étant une « lesbienne pure et dure » et avoir déjà succombé aux charmes d’Apollon. Moins réjouissant, il serait dangereux de ne pas évoquer ici tous types de relations qu’elles soient consenties ou subies. Aussi, si vous avez eu des relations sexuelles avec un ou plusieurs hommes, vous avez pu contracter une IST, pour laquelle vous n’avez pas nécessairement détecté de symptômes. De plus, vous pourrez les transmettre à vos partenaires féminines.

Les pratiques contaminantes et comment s’en protéger
Pour le cunnilingus, surtout en période de règles, il est conseillé d’utiliser une digue dentaire. La digue est un carré de latex ou de polyuréthane mince et souple. Pour réaliser un anulingus ou un cunnilingus de manière protégée, il vous suffit de déposer un peu de gel (siliconé ou à base d’eau. Pas d’huile d’olive, de vaseline, de guacamole*, ni même d’aïoli !) sur la vulve ou l’anus de votre partenaire (ou sur la/le vôtre si par chance vous êtes contorsionniste au Cirque du soleil). Déposez ensuite la digue et n’oubliez pas de la maintenir durant l’utilisation. Attention toutefois à ne pas trop la tendre ! Changez de digue si vous passez de l’anus à la vulve (et vice-versa) afin d’éviter le transfert de bactéries. Si vous n’avez pas de digue à votre disposition, prenez un préservatif masculin, découpez-le dans le sens de la longueur et ôtez le réservoir. Vous obtenez ainsi un carré de latex. La digue est à usage unique. Ne vous l’échangez surtout pas et jetez-là après usage (sauf si vous souhaitez immortaliser ce grand moment en la mettant sous-verre). Si vous n’avez ni digue ni capote (à quoi ça sert d’avoir acheté le dernier sac à main de chez Colette si vous n’y transportez pas l’essentiel ?), courrez à la cuisine (non non, toujours pas de razzia sur le guacamole* !) et munissez-vous de film alimentaire. Chaude partie de bondage improvisée en perspective. Veillez à ne pas utiliser de film alimentaire pour micro-ondes, il est poreux.

Eviter de vous brosser les dents juste avant de pratiquer un cunnilingus ou un anulingus (un bonbon à la menthe fera l’affaire) car cela peut provoquer des lésions buccales et donc ouvrir des « portes d’entrée ». Veillez à avoir une hygiène bucco-dentaire irréprochable.

Refusez catégoriquement la technique de l’insémination « sauvage » à domicile. L’envie d’être maman ne doit en aucun cas vous pousser à prendre des risques inconsidérés.

Si vous utilisez des objets sexuels (gode, concombre, plug, aspirateur, pomme de douche dix vitesses, extincteur…), nettoyez-les avec de l’eau tiède et du savon et désinfectez-les après les avoir utilisés. Si vous partagez vos objets sexuels avec votre/vos partenaires, veillez à utiliser des préservatifs masculins différents lors de chaque pénétration (vaginale ou anale) ou à ce que chacune des partenaires utilise un préservatif féminin (pénétration vaginale).

Evitez le passage de sécrétions entre les zones anale et vaginale : lavez-vous et essuyez-vous d’avant en arrière (hé oui ! On peut se rééduquer à tout âge).

Changez de préservatif masculin, de gant en latex (les gants pour faire la vaisselle sont beaucoup trop épais les filles !) ou utilisez des préservatifs féminins avant de passer d’une pénétration anale à une pénétration vaginale. Pensez à avoir les ongles bien limés afin de ne pas détériorer le latex ou de créer de lésions lors de la pénétration.

Sauf avis médical, évitez l’usage de la douche vaginale ou de l’irrigation vaginale à l’aide d’une poire gynécologique, car le milieu vaginal assure lui-même sa protection grâce à la flore (la nature est parfois bien faite. Reportez votre côté maniaque de la propreté sur d’autres choses, lavez vos vitres par exemple !). L’excès de propreté peut aussi créer des conditions favorables à l’apparition de certaines pathologies (mycoses).

Les piercings des organes génitaux et de la langue peuvent saigner pendant plusieurs jours. Il est donc fortement recommandé d’avoir des rapports sexuels protégés durant la période de cicatrisation. Si vous êtes adeptes des modifications corporelles (piercings, tatouages, scarifications, etc.), elles doivent être réalisées dans des conditions d’hygiène strictes. Pour plus d’informations sur ce sujet, vous pouvez jeter un œil au site du Syndicat National des Artistes Tatoueurs (cf. lien en fin d’article).

Enfin, amies gourmandes, n’oubliez pas que le multipartenariat augmente le risque de transmission d’IST.

 

RAPPEL : Lorsque la guérison existe, cela n’immunise pas contre une nouvelle contamination.
L’utilisation de préservatifs (féminins ou masculins), de gants lors de pénétrations vaginales et anales, des digues dentaires pour le cunnilingus et l’anulingus permet d’éviter tout risque de contamination par voie sexuelle.

Article rédigé et pimenté par Tatiana Potard avec l’aide des plaquettes de prévention « L » éditées par le CRIPS et réalisées par Clotilde Genon et Kamel Brik.

 

Rencontre avec Clotilde Genon

Que fais-tu exactement au sein du Crips ?
Kamel et moi sommes chargés de projets sur la santé des gais et des lesbiennes. Nous ne nous intéressons donc pas seulement à la question des IST mais à la santé globale, au bien-être.

Peux-tu nous retracer les origines de « L » ? L’idée de L est née dans le cadre d’une réflexion autour de la prévention en direction des gais, à la fin de l’année 2003, lorsque le Crips a décidé au vu de la recrudescence des IST d’axer son travail de prévention sur les IST et non plus seulement sur le VIH/sida. Nous nous sommes alors dits : « et les lesbiennes alors ? ». Le projet est donc parti de la question de la prévention des IST pour s’élargir à un projet de santé globale. L’aventure commençait. L’équipe du Cirps a ensuite travaillé pendant deux ans sur une série de dépliants sur la santé des lesbiennes. (Consultables sur www.lecrips.net/L)

À ton avis d’où vient ce désintérêt des lesbiennes pour les sujets de santé et pour les actions de prévention en général ? Je ne pense pas que les lesbiennes ne se soucient pas de leur santé mais plutôt qu’elles ont des difficultés à s’identifier aux messages qu’elles reçoivent, de trouver des informations qui leur soient destinées. Le système de prévention et de soins ne prend que rarement en compte leurs réalités, notamment pour ce qui est de leur vie affective et sexuelle.

Pourquoi si peu d’études de santé publique sont réalisées auprès des lesbiennes ? La santé publique s’intéresse à la santé des populations. On peut se poser la question du nombre : est-ce que les lesbiennes ne représentent pas une population suffisamment nombreuse pour être le « sujet » d’une étude ? Les lesbiennes ne sont pas non plus confrontées comme l’ont été les gais à une épidémie directement associée à leurs pratiques et comportements sexuels, leurs modes de vie. En terme de santé publique, les lesbiennes sont essentiellement des femmes et sont donc assimilées à cette population cible sans intérêt plus spécifique à leur vécu différent de celui des femmes hétérosexuelles. S’ajoute la question de la visibilité des lesbiennes, notamment sur les questions de santé.

Selon toi, pourquoi la majorité des filles ne se protége pas ? Par manque d’informations sur les risques de transmission, sur les modes de prévention, pour certaines. Ou par sentiment de sécurité, qui peut découler de plusieurs phénomènes : exclusion des « populations à risques » pour le VIH/sida, des questions de maternité. Pour d’autres, c’est par choix : regardant la balance risques-bénéfices de la prévention, elles optent pour la non-utilisation de moyens de prévention.

En fait, très peu connaissent les digues ou le Fémidon. Pourquoi est-ce si peu connu et pourquoi est-ce si cher ? Les digues sont peu connues d’une certaine partie des communautés lesbiennes, mais celles qui ont connu les premières années d’épidémie de VIH les connaissent puisqu’elles étaient présentées comme des outils de prévention. Ensuite, les données scientifiques ont écarté les rapports entre femmes de la liste des pratiques à risques (sauf dans certaines circonstances, comme les règles) et la promotion des digues dentaires a quasiment disparue. La demande explique le prix…

Pour le préservatif féminin, c’est un peu différent puisqu’il a toujours été présenté comme un outil de prévention dans le cadre de relations hétérosexuelles.

Quels sont tes projets pour les mois à venir ? Nous travaillons sur un projet de site internet sur la santé gaie (BE Gay : Bien Etre Gay) pour 2007-2008 et une enquête sur la santé des lesbiennes. Et puis, nous serons au Sigl du 2 au 5 novembre en partenariat avec l’équipe du Kiosque.


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Les sites à consulter :

http://lecrips.net/L
http://www.sida-info-service.org
http://www.s-n-a-t.org
http://www.passezlinfo.fr
http://www.lekiosque.org

* Pour celles qui ne résisteraient pas à l’envie de se faire un trip « guacamole safe », retrouvez la recette sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Guacamole :-)



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