Depuis son
premier livre Once upon a poulette publié il y a dix ans, Cy Jung figure
parmi les auteures de romans lesbiens les plus prolifiques et les plus
appréciées. Avec Un roman d’amour, enfin, son dixième roman, elle
nous plonge cette fois dans le quotidien de deux femmes qui s’aiment et
s’interrogent sur leurs désirs, leurs doutes et leurs rapports à la société à la
veille d’emménager ensemble. Une histoire d’amour universelle en somme.
Rencontre avec l'auteure...
Un roman d'amour, enfin semble
débuter là où s'est achevé votre précédent roman Mathilde, je l'ai
rencontrée dans un train. Le roman prend une tout autre direction et
l'amour y remplace la passion…
J’ai depuis
longtemps placé mon écriture sur le terrain du désir avec Mathilde, je l’ai
rencontrée dans un train comme une sorte d’aboutissement : je voulais porter la
question du désir lesbien au plus loin de ce que j’étais en mesure
d’écrire.
Parmi les retours que j’ai eus, notamment de mes
éditrices, Anne et Marine Rambach, il y a eu la question de l’amour, considérant
que, dans Mathilde, de l’amour il y en avait fort peu. Ce Roman d’amour, enfin,
s’est donc ainsi imposé : après la question du désir, je me devais de poser
celle de l’amour. Qu’est-ce que cela veut dire, aimer ? Quel sens cela a ? Où
cela mène-t-il ? Au bonheur, peut-être…
En tant qu'écrivain qui nous a habituées à
écrire des romans torrides, ce ne fut pas trop difficile d'écrire une histoire
d'amour sans sexe ?
On peut dire écrivaine
?
Pour répondre à votre question, oui, c’était en
effet un vrai défi, un acte volontaire. Je voulais que ce questionnement sur
l’amour se passe de la relation sexuelle en tant que telle, non que les deux
soient forcément dissociables, mais parce que je note qu’ils sont souvent
dissociés même si la chose est un peu taboue.
Ne croyez pas pour autant que j’ai renoncé à
écrire des scènes de sexe ; je ne m’en lasse pas. Je prépare en ce moment un
nouveau roman rose, où il y aura des scènes torrides, forcément. Et si vos
lectrices se plaignent décidément trop que ce livre en manque, je vous promets
d’en écrire une, rien que pour elles !
L'héroïne du roman a peur de l'engagement
et de la vie de couple, c'est un thème qui vous tient à cœur
?
Je ne dirais pas qu’elle refuse de s’engager,
à moins, bien sûr, de considérer que s’engager, en amour, c’est forcément vivre
avec l’autre. Je dirais plutôt qu’elle s’interroge sur le couple, savoir si
c’est un carcan ou une liberté.
Je crois utile de se poser la question de nos
sentiments et de nos choix, pas forcement pour les remettre en cause, simplement
pour comprendre ce que l’on fait et qui l’on est. Cela n’empêche pas d’être
romantique, c’est juste un choix, celui de penser un peu sa propre
vie.
C'est aussi une histoire universelle, pour
laquelle vous changez sans cesse le prénom de la femme aimée par la narratrice.
Comment vous est venue cette idée ?
Mathilde
avait surpris de nombreuses lectrices qui ont eu du mal à cerner ce prénom
unique qui évoquait plusieurs personnages, ce roman en saccades, renonçant à une
présentation linéaire du récit parce que le désir, ce n’est jamais très
linéaire. En écho, il m’a semblé incontournable de proposer l’inverse, un récit
sous forme de promenade, qui laisse le temps au quotidien de se dire, et un seul
personnage qui peut avoir tous les prénoms. Cela signifie-t-il que l’autre
serait interchangeable en amour ? J’aime beaucoup le caractère insupportable
d’une telle question.
Un roman d'amour, enfin est votre
dixième roman, dix ans après Once upon a poulette. Quel bilan
tirez-vous de cette décennie qui vient de s'écouler ?
En matière de littérature à personnages homosexuels, j’ai l’impression
d’un tournant, de dix ans qui ont permis le passage d’un quasi désert à une
belle abondance. Grâce à la multiplication des différentes maisons d’édition
ouvertement lesbiennes (les éditions Geneviève Pastre, KTM, la Cerisaie, les
éditions gaies et lesbiennes, Dans l’engrenage, etc.), les publications se
multiplient, permettant à chacune de trouver plus facilement les livres qu’elles
ont envie de lire.
Pour le reste, le monde change. Autrefois, on se
ruait sur les petites annonces de Lesbia Magazine ; aujourd’hui, on accroche aux
couvertures plus people de La Dixième Muse. À la vue des deux publications, on
pourrait croire que l’une est moins militante que l’autre. Il ne faut pas s’y
tromper. On ne milite pas aujourd’hui comme il y a dix ans : le discours est
plus policé, moins idéologique : mais le seul fait de publier un magazine
lesbien reste un acte fondamentalement militant qui fait la preuve qu’il y aura
toujours des gens pour faire avancer le monde.
Et croyez bien que cela ma plaît !
Alors merci à La Dixième Muse. J’espère que nous
partagerons longtemps cette belle aventure qu’est la visibilité
lesbienne.
Le site de Cy Jung :
http://cyjung.com

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